21 avril 2012
...
Finalement, mon éventail coloré d'émotions de neuf mois durant, je vais me le garder.
Bien égoïstement d'abord. Et bien paresseusement ensuite. Il y a trop à dire. Pendant neuf mois, ça a plongé et viré, ça a tordu l'estomac et le coeur, ça a pris la tête bien autant que le ventre. Tout y est passé. Tout. Stupeur, sidération, incompréhension, angoisse, peur, colère, honte, culpabilité, tristesse, ambivalence, acceptation, sérénité, joie, confiance et RE-incompréhension, angoisse, peur, colère, honte, culpabilité, tristesse, ambivalence... ... ...avec en toile de fond (et fort heureusement d'ailleurs) l'amour. L'amour en grand sans lequel il ne serait rien arrivé, il faut bien le dire :D
Trop à dire donc. Et je manque autant de temps pour pouvoir que d'élan à vouloir. Chacune de ces émotions ressentie a son pourquoi et ce pourquoi n'appartient qu'à moi et cette fois-ci, j'ai peu de désir à partager. On touche trop à l'intime de l'intime.
Et puis, surtout, surtout, je suis en paix avec chacune d'elles.
Elles sont notre histoire à ma toute petite et moi, on s'est forgées avec chacune d'elles, on a baigné en elles, on s'en est imprégnées durant de longs mois.
Bien que violentes, fortes et souvent contradictoires, elles nous ont soudées l'une à l'autre d'un liant très puissant et singulier. Bien que fortes, violentes et souvent contradictoires, elles ne pèsent rien quand j'avise le regard si particulier de cette enfant. Un regard pointu où s'allume très vite le pétillant malicieux de bien des bébés mais qui, quand il se pose avec attention sur le monde qui l'entoure, se teinte d'une infinie douceur doublée d'une grande profondeur. Tellement que l'on ne peut y rester insensible et se demander quelles peuvent être les pensées d'un si jeune être doté si tôt d'un tel regard.
Quand elle est née, Maud, ma sage-femme, en a été stupéfaite. Elle me dira quelques jours plus tard que cette situation lui est déjà arrivée une autre fois. D'être face à un bébé de quelques minutes de vie mais qui paraissait avoir mille ans tant son regard était profond et doux à la fois. Ce bébé-là s'était, comme la nôtre, invité malgré une contraception réputée très fiable. Maud croit à ces choses-là et son intime conviction lui chuchote que ces bébés-là viennent de très loin, s'incarnant avec une volonté farouche. Cette idée m'a plu :)
Je lui ai alors confié ce qui s'est passé la nuit de la naissance alors que je buvais des yeux ma petite lovée au creux de mon bras, fatiguée, moulue, le corps fourbu et cassé par l'effort mais tellement, tellement heureuse et soulagée d'avoir échappé au pire, tellement reconnaissante envers elle d'avoir su trouver le chemin rendant l'issue de sa naissance heureuse, tellement contente que sa venue apaise définitivement cette colère mauvaise qui grondait encore 18 ans après...Donc, on se regardait, dans le silence des mots qui en dit bien plus long que le plus éloquent des discours, on se regardait, intensément. Saturées d'amour. Et là, tout en me regardant, elle m'a sourit, longtemps, vraiment. Elle n'avait que quatre heures de vie. Je n'ai pas osé y croire et pourtant...
Maud ne fut pas étonnée par mon récit et comme pour l'en remercier, ma toute petite a plongé son regard profond, doux et sage dans le sien et lui a sourit à elle aussi. Longtemps, vraiment. Elle n'avait alors que trois jours...
Je ne sais toujours pas quoi penser de cette présence si forte au monde -je ne suis d'ailleurs pas sûre du tout qu'il faille en penser quelque chose !-, mais ce que je constate, c'est qu'elle nous comble tous !
Et que faire en sorte qu'il n'en soit rien, que cette présence soit supprimée avant même de naître, comme il m'est arrivé d'y penser sombrement et honteusement certains soirs en tout début de grossesse quand ma détresse était à son comble, vraiment, ça aurait été une connerie innommable !
"Souvenez-vous que vos enfants ne sont pas à vous mais qu'ils vous sont confiés par le Créateur." proverbe Mohawk.
29 février 2012
Ben ça alors !!!
" - Bonjour, je suis la Sage-Femme de garde, je viens à la demande de Maud qui sollicite mon avis sur la présentation de votre bébé, est-ce que vous m'autorisez à vous examiner ?
- ...???
- C'est primordial que j'obtienne votre accord, m'autorisez-vous à vous examiner ?
-...?????"
Mon cortex, en veille depuis mon arrivée à la Maison de Naissance (à peu près deux heures) se reconnecte juste le temps de s'étonner.
Hein ? Quoi ? Elle me demande mon accord et visiblement, elle l'attend pour passer à l'acte ???? Heuuu, c'est que je n'ai jamais été habituée à ça moi, je suis, comme qui dirait, un peu désarçonnée là... La coutume c'est plutôt "bon ! je vais vous examiner" et la phrase à peine finie -pour les cas où elle est prononcée, ce qui n'est pas systématique- HOP ! on se retrouve avec un index et son copain le majeur à se faire fouiller l'intimité sans avoir eu le temps de se poser la question de savoir si on voulait vraiment ce qui nous arrive...
Elle attend. Calme, douce, posée, attentive, respectueuse. Elle attend. Elle s'exécutera quand je lui aurai donné mon aval, tout simplement. Une grande première pour moi qui mets au monde mon 7° enfant.
Bon. Elle confirme le diagnostic de Maud.
Merde...
C'est la merde.
La grosse merde même...
Les diverses manoeuvres manuelles pour aider la tête de mon bébé à se défléchir ont échoué et mes connaissances en la matière sont suffisantes pour me faire comprendre que l'on peut d'ores et déjà dire au revoir à la Maison de Naissance, mais elle m'explique tout quand même. Le gynécologue de garde est en route, le transfert peut avoir lieu...dès que je m'y sens prête.
-...???
Cortex en nouvelle reconnexion : "ha, oui, bon, c'est moi qui décide quand je monte sur le brancard, d'accord, ok, bon, ok, on y va alors..."
Le temps d'ouvrir deux portes et de passer un couloir et on est à la maternité. La Sage-Femme et l'infirmière de garde préparent le matos, Maud fait ce qu'elle peut pour les aider dans des locaux qu'elle ne connaît pas. Mon Grand Fou est tout près de moi, les traits tirés par la tournure que prend cette naissance qui semblait pourtant bien partie (travail très rapide et très peu douloureux) Moi, je préfère ne plus penser, je me sens juste anéantie. Je sais ce qui m'attends, penser ne m'est d'aucun secours...J'attends. Trois quarts d'heure de poussées inefficaces et le diagnostic expliquant la-dite inefficacité des mes efforts expulsifs pourtant d'une extrême intensité ajouté au fait que je me retrouve face à la hantise qui m'a habitée dès que j'ai appris ma grossesse (à savoir : que ça se finisse en eau de boudin) ont eu raison de moi. J'attends...
L'infirmière me dit bonjour, se présente, me demande l'autorisation de poser une voie veineuse.
-...???
Elle réitère sa question.
Bigre, elle aussi attend mon consentement avant d'oeuvrer...ça alors !!!
Je lui donne mon accord. Elle pose et sert le garrot. Argh, une contraction arrive...
Elle desserre aussitôt le garrot : pas la peine de subir deux choses désagréables en même temps dit-elle, on va attendre que la contraction passe, c'est mieux pour vous.
Je suis sciée !!
Et effectivement, elle attendra la fin de la contraction pour poser le cathéter sans oublier de me redemander une fois encore mon accord.
Je suis impressionnée !
(Pour mon 5° accouchement, je suis arrivée à dilatation complète à la clinique, j'ai dit haut et fort que je ne voulais aucune perfusion de quoi que ce soit, l'infirmière me piquera PENDANT une contraction avec effort de poussée, histoire que je ne puisse me défendre correctement de la violence qu'elle me faisait en s'asseyant sur mon consentement...Voyez un peu le décalage...!)
Ça s'agite drôlement autour de moi, je m'absente de moi-même comme je peux. Ne pas penser. Le matos pour la ventouse est prêt. Ne pas penser. Elles installent l'appareil à échographie indiquant que la césa en urgence est fortement envisagée. Surtout ne pas penser. Gémir, contracter et gémir encore, sentir ma main dans celle de l'homme que j'aime, sentir sa peine, son impuissance et sa présence qui demeure forte malgré tout. Maud sort dans le couloir pour s'entretenir avec le gynéco de garde qui vient d'arriver. Ne pas penser. Accepter. Me résigner. C'est comme ça et c'est tout. Tu te retrouves face à la gueule moche de cette peur qui t'as noué l'estomac à chaque fois qu'elle t'a effleuré l'esprit ces derniers mois, face à ce que tu craignais le plus. Ton vécu de la naissance se terminera comme il a commencé il y a dix-huit ans : comme une longue torture. La même note douloureuse. Exit la fin heureuse. Morts les espoirs d'une dernière naissance idéale et sublime comme la 6° fois, cette fois sur laquelle, justement, tu tenais absolument à t'arrêter avant que ce bébé farceur ne s'invite en toi. Fini. Out. C'est ainsi. Inutile de penser. Encore moins de lutter. Même pas envie d'essayer...à quoi bon ?
Je suis avachie, affalée. Au sens propre comme au sens figuré. Je laisse mon corps souffrir et mon esprit divaguer dans le désespoir qui le submerge. Je me tais. Je dois faire pitié à voir. J'ai de moi l'image d'une bête aux abois qui souffre et qui attend que son heure vienne, totalement résignée et triste, si triste que ça finisse ainsi, qui ne comprend pas et qui attend l'estoquade qui mettra fin à ses souffrances.
C'est donc dans une stupéfaction totale et toute intérieure que j'ai senti en moi arriver avec une fulgurance hors du commun cette sensation de pression comparable à nulle autre. Sensation de pression terrible accompagnée instantanément de celle, elle aussi comparable à nulle autre, de brûlure...
???????
??????
???????
???????
???????
Hein ???
Quoi ???
Mon corps se remet à pousser de lui-même, contre toute attente, il semblerait que mon bébé ait enfin trouvé sa voie : c'est parti ! Et ça prend l'allure du plus dingue des grands 8 où, après avoir poireauté 45 minutes pour monter dedans, on passe de 0 à 200 km/h en quelques secondes ! Le machin au sujet duquel je dis "moi ? Monter là-dedans ? Jamais !"
Hasard ou pas mais mon amoureux choisit cet instant même pour me dire avec une infinie tendresse : " Allez ma belle, essaie de pousser encore une fois...!"
Vais pas me faire prier, ha ça non ! De toute façon, je n'ai presque rien à faire sinon accompagner : ça pousse tout seul et très, très fort !
Il n'a pas fini sa phrase qu'il sent à mon attitude qu'il se passe l'improbable. Je suis absente à l'extérieur, toute en dedans avec mon bébé, allongée sur le côté gauche. D'instinct, ma cuisse droite s'ouvre légèrement. Il voit la tête sortir très, très vite, le petit nez de son petitou pointé vers les étoiles. Il interpelle la Sage-Femme qui hoquette de surprise en avisant ce qui se passe et puis, avec précipitation, appelle Maud toujours dans le couloir avec le gynéco ( sur le coup, Maud a eu envie de lui répondre avec colère : "tu te moques de moi ? Si c'est une blague, elle est pas drôle !!!")
Elle aurait pu ne pas appeler ma Sage-Femme et finir elle-même d'assister mon accouchement. Après tout, j'avais été transférée à la maternité où elle se trouvait être de garde ce soir-là, non ? Non. Son premier geste sera de se mettre en position, juste au cas où les choses aillent encore plus vite qu'il y paraissait et d'appeler Maud qui aura juste le temps de mettre des gants, de cueillir et poser sur mon ventre ma fille.
Le gynéco aurait pu, lui aussi, finir d'assister mon accouchement. C'est vrai quoi, on l'a fait se déplacer à 23 heures, il est là, il fini le boulot, non ? Et au passage envisager une belle épisio parce que c'est sûr, vu le diamètre que le bébé impose à mon périnée du fait de sa présentation vraiment peu courante (moins de 1%), ça va déchirer. Bé non. Mon cerveau dans le flou m'a laissé le souvenir d'un grand Black debout, en retrait, toujours vêtu en civil qui me dira juste "Allez-y Madame, poussez !" (mais une fois encore, vais pas me faire prier, ha ça non !) et que je ne verrai même pas partir tant il a été discret dans sa présence.
Non.
La Sage-Femme de garde comme le gynéco laisseront à Maud la place que JE lui ai donné, celle de m'assister pour mon accouchement.
Ils nous laisseront entre nous aussi rapidement que possible faire connaissance avec notre petite merveille, me bichonneront, me donneront des tonnes de couverture quand, peu après la naissance, je serai incapable de parler tant je tremble de froid et claque des dents (et diront au passage au Grand Fou que ce que mon corps exprime là, c'est la résultante de l'effort physique fourni pour faire naître notre enfant : toute mon énergie y est passée et je mérite une médaille :o)))) Trois quart d'heure plus tard, ma Fin Folle dans les bras, mon amoureux à mes côtés, je retournerai finir la nuit dans le grand lit de la maison de naissance. Les filles continueront malgré tout à me bichonner en m'apportant des trucs frais à manger. De quoi faire une orgie !
Ils sont vraiment extras dans cette maternité ! Tellement extras que je pense sincèrement que même si l'issue de la naissance n'avait pas été si heureuse, même si j'avais eu droit à la ventouse ou même la césa en urgence qui m'a pendu fort au nez pendant un moment, ben il se peut que je l'usse bien vécu, sans traumatisme, sans regret, sans colère. Pour la simple et bonne raison qu'à chaque instant, je suis restée celle qui choisissait en conscience, celle qui disait oui avant que chaque geste soit posé, celle a qui on s'est donné la peine d'expliquer les choses, d'exposer les faits et les solutions possibles, celle a qui on a laissé le temps d'intégrer l'information, la digérer et donner son plein accord sur les gestes à faire pour sortir de l'impasse. Celle qui est restée actrice de sa naissance, tout simplement.
J'en discuterai avec Maud quand elle viendra à la maison pour manger du Paris-Brest arrosé d'un bon canon pour les suites de couches, elle me dira que le respect avec lequel j'ai été traitée durant cette naissance aux allures de montagnes Russes, c'est LA politique de la maison.
Ma première naissance a suffit à elle seule à me mettre dans une profonde colère vis-à-vis des équipes soignantes en milieu obstétrical, une colère sourde et tenace d'où suintait le rejet en bloc de leurs méthodes inhumaines imposées aux femmes; la 7°, tel un grand souffle, a tout apaisé.
À croire que cette enfant s'est invitée pour ça (en plus de nous rajouter une couche d'Amour supplémentaire, des fois qu'on en manque :D )
Donc, oui ! C'est possible de pratiquer autrement, dans l'écoute et le respect. Oui, c'est possible de laisser les femmes actrices de leur accouchement quelqu'en soit le déroulement !
Bon...Alors qu'est-ce qu'ils attendent les autres ??
Voilà un bout de ce que j'avais à exprimer sur mon vécu de cette naissance de fous, un bonus émotions en tout genre est en gestation ;)
27 janvier 2012
Trois mois
Il y a pile poil un an, comme tous les ans à la même date d'ailleurs, puisque c'est le calendar qui le dit, le Grand Fou m'a souhaité ma fête dans la Joie et la bonne humeur. Vi, une Sainte Angèle foutrement bien fêtée (et mes mots sont pesés :p)
Le résultat de cette Sainte Angèle 2011 fête ses trois mois ce jourd'hui. Pile poil aussi !
Trois mois que la petite Fin Folle (appelée Le Grand Houdini 9 mois durant) a fait disparaître, souviendez-vous, un éléphant (une des spécialités du-dit Houdini)
Et où est-il passé cet éléphant ? Hein ? Où il est ???
Pour tout vous dire, il est ...
..dans le jus...
Avec l'indéniable avantage que ce jus dans lequel il surnage, ben c'est du bon jus, du jus qui embaume l'Amour à plein nez et même si souvent des fois, il a la désagréable sensation d'en avoir jusqu'aux oreilles, ben il lui suffit de coller sa trompe dans un petit cou tout chaud, tout doux, d'y faire des bruits chatouillants de trompette pour entendre des éclats de rire qui s'emmêlent encore un peu dans la gorge pour se dire que ouais, ça vaut la peine qu'il peine, l'éléphant.
Du coup, internet, le blog, toussa, beeeeen...voyez le genre, non ? Non ?
Donc, mes désolées désolations, mais entre l'écran du pécé et sa bouille, y'a pas à mégoter :D
D'ailleurs, j'y retourne à sa bouille (chuis accro, en fait... :) )
PS : Au fond à gauche de la troisième circonvolution cérébrale du lobe temporal droit de ma cervelle en déroute, sont collés des post-it indiquant "répondre aux commentaires" et "raconter la naissance de la 7° merveille"...Un de ces jours...
[smyley contrit]
Eléphant tâcher pas boire tasse, éléphant chercher berge mais éléphant lucide, éléphant savoir lui nager encore un peu avant toucher terre ferme. Vous comprendre, éléphant dire merci !






















